Interview de Rob de Kam, journaliste au Dagblad van het Noorden PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Gnew   
Mardi, 19 Janvier 2010 20:41

Le 4 Janvier dernier, un journaliste du journal local Dagblad van het Noorden, Rob de Kam, a accepté d’être interviewé pour le Portail. Il est journaliste responsable de la photographie, de la mise en page et des infographies. Né le 17 Septembre 1955 à Coevorden (l’Oxford néerlandais), il habite maintenant à Groningen. L’ensemble de l’interview s’est déroulé en français.

Dagblad van het Noorden : pouvez-vous nous décrire ce journal ? Votre travail ?

Le Dagblad van het Noorden est le quotidien régional des provinces de Drenthe et Groningen, au Nord des Pays-Bas. Il compte environ 130 000 lecteurs, la plupart étant des abonnés. 120 personnes y travaillent, ce qui est relativement important bien que ce soit 50 de moins qu’il y a 5 ans.

C’est un journal qui se veut neutre, sans prise de position politique, car c’est un quotidien local. Cependant, il nous arrive de nous situer sur des sujets particuliers/ des questions individuelles concernant notre région.

À noter que le Dagblad résulte de la fusion de deux titres très anciens (plus de 100 ans): le Nieuwsblad van het Noorden et le Drents-Groningse Courant. Avant la fusion il y a quelques années, je travaillais pour le premier.

 

Pour ce qui est de mon travail, je dois dire que celui-ci consiste principalement en du management et des réunions. En effet, mes journées commencent par des entrevues avec les différents chefs pour évaluer le contenu du journal du jour et préparer le plan de celui du lendemain. Il y a ainsi deux équipes : une qui travaille le jour (la mienne) et une autre du soir. C’est donc un processus plutôt long pour boucler une édition. Mais mon job, c’est surtout « parler parler parler ».

Je peux également ajouter que dans deux mois, je deviendrai l’un des trois chefs de rédaction du Dagblad.

 

Quelles études avez-vous fait pour y parvenir ?

J’ai suivi des études d’histoire avec une spécialisation dans l’histoire culturelle et plus particulièrement le cinéma. Je participais également au journal étudiant UK en tant que critique de film. Je bénéficiais alors d’une grande liberté quant aux choix des sujets et sur ce que je pouvais dire. J’ai d’ailleurs pris goût au journalisme à cette occasion.

Titulaire d’un Doctorandus (note de l’auteur : aujourd’hui, entre le Master II et le doctorat), j’ai pu rédiger mon mémoire sur l’histoire des cinémas de la ville de Groningue. Je me suis ainsi intéressé aussi bien aux bâtiments qu’aux exploitants ou aux films qui ont pu y être tournés. Ce travail m’a permis de rencontrer beaucoup de gens et de réaliser nombre d’interviews, dont l’une d’entre elle (ma première en tant que pigiste !) fut publiée au Nieuwsblad. Je me souviens que c’était sur une ancienne pianiste de cinéma muet.

 

Utilisez-vous le français dans votre travail ? À quelle occasion ?

Non, pas spécialement. Cependant, cela m’était utile il y a quelques années quand j’étais critique de cinéma pour mener des interviews lorsque je devais me rendre à l’étranger pour des sujets. C’est ainsi que je me suis déplacé plusieurs fois à Paris ou à Lille ou j’y ai par exemple interviewé le réalisateur Bruno Dumont.

Il y a 6 mois, j’ai également été en contact avec Patricia Kaas, mais je dois avouer qu’elle m’a aidé avec quelques mots d’allemand quand l’entretien devenait trop difficile pour moi. (rires).

 

Quand et où avez-vous appris la langue de Marie Ndiaye ?

J’ai commencé à apprendre le français au Gymnasium (note de l’auteur : entre 12 et 17 ans). J’avais un jeune professeur qui était particulièrement fan de musique, surtout la chanson française. Il faut savoir qu’à l’époque, l’apprentissage des langues se faisaient à l’ancienne, c’est-à-dire qu’il n’y avait presque pas de discussion et beaucoup de traductions. Cependant, mon professeur étant jeune, il était intéressé par de nouvelles méthodes pédagogiques. Il nous passait donc à la fin de chaque cours des chansons de Brel, Brassens ou Barbara. C’est comme ça que je suis tombé amoureux du français.

Ensuite, bien entendu et comme tous les Néerlandais, je suis allé plusieurs fois en France pour les vacances (rires).

Je dois aussi dire que j’ai ‘’redécouvert’’ la musique française il y a une dizaine d’années avec l’apparition d’une nouvelle scène dont je suis fan, par exemple La Rue Kétanou, La Tordue ou encore Les Ogres de Barback.

 

Selon vous, existe-t-il des différences entre le métier de journaliste en France et aux Pays-Bas ? Si oui, lesquelles ?

Je ne sais pas, c’est difficile à dire, j’ai peu de contacts avec mes collègues français. Je pense toutefois qu’en France les journalistes sont plus ‘’institutionnels’’ dans le sens où ils sont davantage influencés par le pouvoir et la politique. Ce n’est cependant qu’un sentiment, je n’ai pas de véritables faits pour m’appuyer dessus.

Mais c’est vrai que la société française est encore plus hiérarchisée qu’aux Pays-Bas qui fait que l’État est certainement bien plus fort, plus présent, avec aussi plus de prestige qu’aux Pays-Bas.

 

Suivez-vous le traitement de l’actualité en France ?

Avec une certaine distance. Je lis toutefois la lettre d’information de Libération.fr tous les jours et regarde trois ou quatre fois par semaine le journal de TV5 ou de France 2.

 

Quelle est votre définition de la liberté de la presse ?

Je pense que l’on peut écrire, publier et diffuser tout ce que l’on veut, naturellement dans les limites de la loi et en respectant les faits. On doit avoir la liberté de tout (d)écrire. Bien entendu, tout le monde a également le droit de réagir et de discuter les choix des journaux et des chaînes de télévision.

Beaucoup de journalistes ne se doutent pas du pouvoir et de l’influence qu’ils ont sur la vie privée d’une personne. Cependant travaillant pour un journal local, on rencontre tous les jours ses sujets. C’est pourquoi j’apprécie la citation du journaliste Jan Blokker lorsqu’il dit : ‘’Le journalisme local est le plus difficile.’’

 

Que pensez-vous de l’auto-censure ?

C’est difficile de l’éviter car comme tout le monde un journaliste a des convictions, certaines d’entre elles étant inconscientes. Je pense qu’il y a des valeurs auxquelles on adhère consciemment et d’autres au contraire que l’on suit inconsciemment : il est donc compliqué d’être conscient de toutes ses convictions. Mais on doit toujours essayer d’éviter l’auto-censure, même si parfois on ne s’en rend pas compte…

 

Quelles règles/ valeurs sont les plus importantes pour vous ?

L’objectivité, clairement. Pour moi, cela consiste à toujours chercher les faits en gardant l’esprit ouvert et en essayant de répondre à la question ‘’Pourquoi ?’’. Je sais qu’il est difficile, voire impossible, d’être parfaitement objectif mais on doit toujours essayer au maximum.

 

Quelles sont les choses que vous appréciez le plus chez les Français ? En France ?

À l’opposé, quels reproches faites-vous à la France ? Aux Français ?

Beaucoup de Néerlandais aiment la France, mais beaucoup disent aussi que c’est dommage qu’il y ait autant de Français (rires). Je ne suis pas d’accord. Il est aussi difficile de devenir intime avec les Français, plus difficile qu’avec des Anglais ou des Allemands par exemple, peut-être à cause d’une barrière liée au côté formel. D’un autre côté quand la barrière est franchie, le contact devient très intéressant. En outre, j’apprécie particulièrement la culture française que vous les Français considérez comme quelque chose de très important dans la vie et je ne peux qu’être d’accord : j’aime ça ! 

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