Les écoles primaires aux Pays-Bas PDF Imprimer Envoyer
Écrit par mimilu   
Mercredi, 17 Décembre 2008 15:15

Le premier contact avec les écoles néerlandaises se fait généralement lors de la visite d’établissement pour y placer Junior(ette). Ce peut être assez surprenant : le directeur vend son école comme un produit en détaillant ce qui en fait sa particularité et fournissant une avalanche d’informations…

Comment s’y retrouver ? Comment faire son choix ? Chaque pays a son propre système éducatif : classes, programmes, niveaux, etc… Comment cela fonctionne-t-il aux Pays-Bas ?


Fonctionnement général de la Basisschool

Littéralement 'école de base', elle accueille les enfants de 4 ans (entrée en groep 1) à 12 ans (fin du groep 8). Si le choix de l’école est relativement libre, il peut toutefois être géographiquement restreint par le code postal dans les grandes villes. Il est conseillé de commencer à prospecter dans son quartier assez tôt et d’inscrire les enfants dès leurs 3 ans (parfois avant) afin d’être sûrs d’avoir une place dans l’école convoitée.

Les classes groep 1 et groep 2, qui correspondent respectivement à la moyenne et à la grande section de maternelle, sont souvent regroupées en groep 1/2.  Un enfant y est accepté à partir du jour suivant son 4ème anniversaire, pas avant ! Il y a donc tout au long de l’année des enfants qui viennent grossir les rangs de cette 1ère classe. C’est pour beaucoup de parents désappointant par rapport à la France où les enfants font généralement leur première rentrée scolaire autour de 3 ans - la condition sine qua non étant de ne plus avoir de couche - et en septembre, voire au début du deuxième semestre dans certaines écoles.

Le groep 3 correspond au Cours Préparatoire (CP) français : les enfants y font l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul. Généralement, les enfants savent lire vers les vacances de Noël. Une des méthodes les plus utilisées est ‘ik-maan-roos’ : les enfants apprennent à lire les différents sons (néerlandais) via des mots très courts ne comptant qu’un son ‘voyelle’ et maximum deux sons ‘consonnes’.

Une première langue étrangère est enseignée aux enfants à partir du groep 7. Cependant, certaines écoles pilotes ont mis en place un enseignement précoce, parfois dès le groupe 1.

Enfin, le groep 8 est l’année clef où se prépare l’orientation des enfants : ils passent un CITO-Toets (sorte d’examen/bilan de niveau et d’aptitudes) dont le résultat aura un rôle déterminant pour leur avenir puisqu’il servira à faire le choix pour les filières générales ou spécialisées.

Choix d’une pédagogie, d’un programme…

Les écoles font généralement le choix d'une méthode (Montessori, Dalton, Jena Plan...), ou d'une 'politique' (vreedzame school, brede school...) qui est mise en avant dans la présentation de l’établissement.

Beaucoup d’écoles sont caractérisées par leur choix pédagogique. Parmi les plus répandues, il y a le système Montessori pour lequel « les forces du développement sont incluses dans l'être vivant et l'œuvre de l'éducation consiste à conserver leur spontanéité, et à éloigner tout ce qui pourrait les affaiblir et les empêcher de s'épanouir ». Très proche par la philosophie, le système Jenaplan dépasse le précédant en élèves accueillis. Encore plus répandu, le système Dalton est un léger contre-pied des deux précités en ce qui concerne la liberté : qualifiée de restreinte -fixer des limites, apprendre les responsabilités, pas à pas -, elle forme avec l’indépendance - de pensée et de travail - et la coopération les trois piliers de cette méthode.

Les autres écoles sont des écoles ‘normales’, dont certaines ont mis en place un programme que l’on pourrait qualifier d’éthique ou de social. Pour exemple, les ‘Vreedzame School’ ont pour thème central la résolution des conflits sans recours à la violence, alors que les ‘Brede School’ se caractérisent par une étroite collaboration entre tous les acteurs de l’enfance (parents et professionnels).

Public ou privé ?

La différenciation privé / public est beaucoup moins claire qu'en France. Si les écoles non publiques (Bijzonder School ou BO) sont souvent à confession religieuse ou adhèrent à un courant spirituel/philosophique, elles ne sont généralement pas plus chères que les publiques (Openbare School ou OBS).

Les plus répandues sont celles de confession chrétienne : 4711 établissements basisschool dans le pays. Qu’elles soient protestantes, catholiques ou oecuméniques, elles se caractérisent par le fait que toutes les fêtes chrétiennes sont fêtées et leur signification enseignée, et qu’il est possible que les enseignants réservent un court moment quotidien à la prière (assez peu courant cependant). Elles sont souvent perçues par les parents comme un gage de sérieux et de rigueur, et donc par extension de résultat.

Des écoles musulmanes sont apparues à la fin des années 1980 et sont perçues par une partie des musulmans comme une forme d’émancipation. Elles sont pour l’instant sujettes à controverses tant sur le plan financier qu’idéologique, sans parler de la qualité de l’enseignement. Cela est plutôt symptomatique d’une crise liée à son développement et à son appropriation par la communauté concernée, ainsi qu’à la place de la religion dans l’enseignement aux Pays-Bas.

Objet de beaucoup moins de publicité, il semblerait que l’enseignement juif fasse l’objet de controverses similaires au moins pour l’une des plus connues.

Il existe enfin les écoles d’inspiration anthroposophique -connues sous l’appellation Vrije School - qui sont tournées vers le développement de l’humain dans le respect de la nature. Ces écoles laïques s’appuient sur une conception non matérialiste du monde, tout en accordant une grande importance au sentiment religieux, considéré comme constitutif du respect de la nature, de soi-même et des autres.

Enseignement spécialisé dès le primaire

Les enfants qui ne peuvent suivre l’enseignement régulier du fait de problèmes de comportement (hyperactivité notamment) ou d’apprentissage (faible QI par exemple), ou du fait d’un handicap (comme la surdité) peuvent être orientés vers un établissement spécialisé : Speciaal Basisonderwijs ou SBO.

Différentes sortes d’enseignement spécialisé existent donc : on parle des 4 clusters. Les enfants y sont envoyés après avoir été repérés et signalés par les éducatrices de crèches et de jardins d’enfants, les membres du corps médical ou par les enseignants du groupe 1. Leur but est de permettre aux enfants ‘différents’ d’acquérir les mêmes connaissances de base que les enfants des écoles dites régulières, à la différence qu’ils peuvent y passer plus de temps si nécessaire.  

Parallèlement, existe aussi le Inclusief Onderwijs qui permet à l’enfant ‘différent’ de rester dans l’enseignement régulier grâce à un soutien. L’enfant est ainsi maintenu dans un environnement dit normal, bénéfique à son intégration au reste de la société. Le hic, c’est que l’apprentissage des techniques permettant de surmonter le handicap (lecture en braille par exemple) est souvent moins efficace du fait de l’isolement et de l’exigence de fonctionner comme les autres.

Cantine et garderie

Les Pays-Bas n'organisent pas de système de cantine avec repas servi aux enfants, mais un simple 'gardiennage' appelé tussenschoolopvang (TSO) ou buitenschoolopvang (BSO) ou encore overblijven. Cette dernière appellation qui signifie ‘rester’ est la plus ancienne : c’est celle qui reste de l’époque où les rares enfants ne rentrant pas déjeuner chez eux restaient avec les maitre(sse)s pendant la pause. Les deux premières appellations sont celles introduites avec le développement du sytème : le TSO (‘garderie entre l’école’) pour le midi uniquement, alors que le BSO (‘garderie hors l’école’) couvre les différentes formes de garderie en dehors des heures de classe. Les écoliers viennent à l’école avec leur boîte à sandwichs et déjeunent dans un local prévu à cet effet sous la surveillance de mères d'élèves ou de professionnels de l'enfance. Ce service minimum payant (autour de 2€ par présence) tend à se professionnaliser ou tout au moins à s’organiser sérieusement.

La journée d'école commence vers 8h30 / 8h45 et se finit vers 15h15 / 15h30. Donc difficilement compatible avec une journée complète de travail. Heureusement, un service de garderie existe : Naschoolopvang (NSO ‘garderie à côté de / après l’école’) ou Buitenschoolopvang (BSO). Ce service d’accueil fonctionne également durant les vacances scolaires en journée entière. Il faut souvent y inscrire ses enfants dès l’inscription à l’école du fait de listes d’attente pouvant être extrêmement longues (jusqu’à un an et demi à Amsterdam par exemple).

Questions d’âges…

Il faut savoir que si les enfants commencent à aller à l’école à 4 ans, la scolarisation n’est obligatoire qu’à partir de 5 ans (6 ans en France). On peut donc se permettre de partir en vacances en période scolaire avec un enfant de 4 ans, même s’il est recommandé d’en demander l’autorisation à l’établissement. Dès qu’il a 5 ans par contre, mieux vaut respecter les vacances scolaires ! En cas de nécessité, les établissements peuvent se montrer conciliants et fournir une autorisation  qui pourra être réclamée par les services d’inspection.

Pour passer en groep 3, il faut avoir 6 ans. La loi autorise le passage de tous les enfants fêtant leurs 6 ans avant le 31 décembre de l’année civile en cours, mais dans les faits ça se passe très souvent différemment : seuls les enfants ayant 6 ans avant le 1er octobre sont admis à passer ! Le développement socio émotionnel est l’argument avancé par les enseignants, lesquels sont généralement peu enclins à la discussion sur ce sujet. Pourtant, dans les faits, les enfants passant une 3ème année en groep 1/2 s’ennuient très rapidement, en prennent l’habitude, voire gênent les autres. A long terme, ces enfants sont moins souvent dans les filières générales du fait d’un niveau globalement plus faible. Que de conséquences pour quelques mois…

Un système différent mais avec des résultats très positifs

Les différentes orientations pédagogiques mettent en avant la liberté et sa nécessaire expression par l’enfant (roi), tout en voulant responsabiliser les plus grands par rapport aux plus jeunes (enfant-chef). Cela peut apparaître assez déplacé et contradictoire aux yeux de la plupart des français, mais cela est en totale cohérence avec la façon de traiter les enfants aux Pays-Bas… que l’on y adhère ou pas. Pour ce qui est des résultats, on peut se demander si d’autres facteurs que l’orientation pédagogique -tels que l’enseignant, la taille de la classe, la stimulation à la maison…- ne jouent pas un rôle plus déterminant.

Au premier abord, on peut donc être étonné par l’école néerlandaise : journées courtes, pas de vraie cantine, mélange des enfants de 4 à 12 ans, pas de devoirs (ou si peu), quasiment aucune différence entre privé et public… Mais au final, les enfants reçoivent une instruction solide et sur un rythme plus respectueux de leur âge. Les Pays-Bas ont ainsi obtenu de meilleurs résultats que la France et sont en tête de classement Pisa 2006 (http://pisacountry.acer.edu.au/). Donc pas de raison de s’affoler a priori !

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