Leeuwarden: Quand les Néerlandais inventent le quartier flottant PDF Imprimer Envoyer
Écrit par juls   
Vendredi, 12 Décembre 2008 16:41

“Dieu a créé la Terre, nous avons créé les Pays-Bas” dit un vieux dicton néerlandais pour rendre hommage à un peuple qui a toujours essayé de dompter la mer. Mais aujourd’hui,  la situation a changé. Un quart du territoire des Pays-Bas se situe en dessous du niveau de la mer.


Or, d’après les scientifiques, les terres de très basses altitudes pourraient très vite être affectées par la montée des océans. Le GIEC (Groupe d’Experts Internationaux sur le Climat) considère d’ailleurs le delta du Rhin comme la zone la plus vulnérable du monde. D’autre part, d’ici à quinze ans, le gouvernement néerlandais devrait déclarer 500000 hectares de terres ‘inondables’, donc non constructibles. Forts de ce constat, les Néerlandais sont désormais résolus à anticiper les changements climatiques et à apprendre à apprivoiser cette eau avec laquelle ils entretiennent des liens séculaires.

Le tout nouveau quartier aquatique de Zuiderburen, à Leeuwarden, au nord des Pays-Bas, en est un bel exemple. Créé en 2008, ce quartier est véritablement le résultat de prouesses techniques et la promesse d’un nouveau modèle urbain. Sept villas en enfilade reposent déjà sur l’eau, faites pour résister aux tempêtes. Ces maisons offrent à leurs habitants un cadre de vie en harmonie avec la nature. L’architecte Johan Sijtsma est le créateur de ces sept villas de standing à trois étages. Selon lui, la stabilité sur l’eau d’un bâtiment de trois étages est quasiment parfaite. Le vent peut souffler jusqu’à force 10 sans qu’aucune sensation de mouvement ne soit ressentie sur la maison.

Le procédé technique, qui a été mis au point par Ooms, grande entreprise néerlandaise de BTP, est le suivant: enfoncer à un peu moins d’un mètre sous la surface de l’eau de gros jerricans remplis d’air et sertis d’une coque de béton. Un ponton d’environ 100m2 repose sur ces fondations. Parfaitement équilibré, il permet à l’architectre de laisser libre court à sa créativité sans se soucier des contraintes des structures flottantes courantes. Fini le confort rustique des péniches! Les propriétaires peuvent meubler leur résidence à leur gré, sans se préoccuper de la répartition des charges. Une charpente de 40 tonnes à vide permet de supporter les déséquilibres. Ainsi, les familles pourront décider d’installer un piano dans un coin du salon sans craindre de faire pencher la maison. Seule restriction: un billard ne trouvera pas sa place dans ce type de demeure, les boules étant sensibles à la moindre inclinaison, même si l’homme ne le perçoit pas. Enfin, la maison n’est pas amarrée à la terre. Elle coulisse le long de pilotis profondément enfoncés dans l’eau. Ainsi, en cas d’inondation, la maison s’élève de plusieurs mètres, sans danger: un bon argument dans un pays ayant connu de violentes inondations!


Pour arriver à destination, les villas, construites dans un chantier non loin d’Amsterdam, sont tractées sur l’eau par deux remorqueurs. Tout est pris en compte pour que le convoi passe les obstacles habituels des voies maritimes (écluses, aqueducs…) sans encombre. Pour atteindre Leeuwarden, le trajet dure environ vingt-cinq heures. Il est pour l’instant impossible pour les habitants de ces maisons flottantes de vendre leur emplacement et transférer leur maison à l’autre bout du pays. Mais les constructeurs anticipent déjà la modification de la loi, qui permettra de déménager sa maison sur un autre plan d’eau.

D’autres pays, comme le Canada, s’intéressent aux logements flottants. Mais les Pays-Bas gardent une bonne longueur d’avance. On compte actuellement une cinquantaine de projets d’urbanisme aquatique, à l’étude ou déjà en chantier. Parmi les projets à l’étude, des maisons flottantes pivotantes, s’orientant en fonction de l’ensoleillement, et d’ici 2050, la construction de cités aquatiques en mer du Nord!

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