L’école de l’Europe : une école de rêve ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par mimilu   
Lundi, 13 Octobre 2008 16:46

Dans la petite ville côtière de Bergen se trouve une école particulière : l’Ecole Européenne… qui ne ressemble à aucune autre.

 

Sa visite, orchestrée par Carine Lingier et Christine Bonnaire de l’Association des Parents d’Elèves lors de l’EuroMarkt 2008 (sorte de Kermesse annuelle) fait découvrir son fonctionnement et l’étendue des moyens mis à disposition des élèves.

Un enseignement européen, une vision européenne

Un peu d’histoire pour comprendre le phénomène…

L’école Européenne de Bergen fait partie du réseau Schola Europaea qui compte 14 écoles réparties dans 8 pays de la Communauté Européenne. Ces écoles, dont la première fut créée au Luxembourg en 1953, sont des institutions officielles d’éducation, contrôlées conjointement par les gouvernements de tous les états membres de l´Union Européenne : chaque état fournit le personnel à temps plein et met à disposition des inspecteurs de l’Education Nationale qui décident ensemble des programmes et en contrôlent l’application.

Bergen fut en 1963 la 6ème école de ce type à être créée. Son emplacement a été choisi pour sa proximité avec le Centre de Recherche de l´Union Européenne, situé à Petten, environ à 20km au nord de Bergen.

Comme les autres écoles européennes, l’école de Bergen a gravé dans la pierre les mots suivants : “Élevés au contact les uns des autres, libérés dès leur plus jeune âge des préjugés qui divisent, initiés aux beautés et aux valeurs des diverses cultures, ils prendront conscience, en grandissant, de leur solidarité. Tout en gardant l’amour et la fierté de leur patrie, ils deviendront, par l’esprit, des Européens, bien préparés à achever et à consolider l’oeuvre entreprise par leurs pères pour l’avènement d’une Europe unie et prospère”. Ces ‘Buts essentiels’ poursuivent le rêve et la détermination de Jean Monnet (l’un des pères de l’Union Européenne) pour qui ‘Il n’y [avait] pas d’autre futur que l’unité pour les Européens’.

Des infrastructures à foison

L’école de Bergen accueille les enfants à partir de 4 ans jusqu’au baccalauréat. Ils disposent d’espace d’enseignement et de cours de récréation séparés, mais avec des points de rencontre.

Tout autour de l’école, le regard passe des installations ludiques pour les enfants de maternelle, aux espaces visiblement prévus pour favoriser la discussion entre les élèves du collège et enfin aux terrains de sports (handball, criquet, piste d’athlétisme…) utilisés par les plus grands.

L’intérieur est tout aussi bien organisé et richement fourni : gymnases (dont le plus vaste accueille deux terrains), salles informatique, salles de musiques (avec en prime une salle consacrée aux répétitions), salles d’arts (poterie, travail du bois, peinture, etc…), bibliothèques… Le pluriel est toujours de rigueur : primaire ou secondaire, tous ont leur propre bibliothèque ou salle de musique !

Il y a encore la traditionnelle salle d’étude commune à toutes les institutions d’enseignement… mais là aussi la différence est marquée : des espaces sont réservés aux élèves dont la langue maternelle n’est pas enseignée sur place pour leur permettre de l’étudier via le CNED ou un professeur -enseignant dans une autre école européenne ou dans le pays de la langue concernée- grâce à une webcam.

Plurilinguisme et pluriculturalisme de rigueur

Quelque soit la section linguistique choisie (français, anglais, néerlandais, italien et allemand), les enfants sont dès la maternelle en contact avec d’autres langues. Ils se retrouvent tous lors des ateliers ‘heures européennes’ durant lesquels ils créent expositions et spectacles dans une langue ou une autre, évoquant une culture ou une autre. Les enfants parlent ainsi très vite plusieurs langues, jouent avec d’autres enfants de toutes origines, font connaissance avec les traditions et fêtes religieuses de leurs camarades.

D’ailleurs, une maman précise que « toutes les fêtes sont fêtées, on apprend plein de choses sur les pays ». Une autre maman trouve que « c’est une chance pour les enfants de pouvoir côtoyer autant de nationalités et de religions, c’est une ouverture à la tolérance » Bref, ces enfants apprennent très tôt à vivre avec et dans la différence, ce qui participe à réaliser l’idéal de l’école : ne pas avoir peur de l’autre dans sa différence et communiquer avec tous.

Côté pratique

Tout cela est évidemment bien beau… mais revenons à des soucis de parents plus terre à terre : quid du transport et du déjeuner dans cette école tout de même isolée ? Là aussi tout est prévu !

Deux cantines ouvrent tous les jours leurs portes aux élèves : l’une accueille les enfants munis de leur casse-croûte, l’autre sert des repas. Un ramassage scolaire est également organisé, essentiellement pour les plus jeunes. Les enfants d’Amsterdam peuvent prendre tous les matins un bus s’arrêtant aux arrêts de transports publics. Ceux d’Alkmaar empruntent un minibus. Les plus grands empruntent généralement les transports publics, train et bus.

Les horaires sont certes adaptés, mais il faut se lever très tôt quand on habite Amsterdam! Et accepter de passer chaque jour 2 heures en moyenne, parfois 3, dans les transports…

Et après le bac ?

Au cours des 3 dernières années d’étude à Bergen, des sessions d’orientation sont organisées pour faire connaître aux élèves les différentes alternatives qui s’offrent à eux et des options sont ajoutées au noyau commun en vue de leurs études supérieures.

Le diplôme des écoles européennes étant reconnu par tous les pays de l’Union Européenne, les bacheliers n’ont plus qu’à choisir l’école de leur rêve. Plus de frontières, plus de barrières de langue, juste des universités ou écoles supérieures ! Il est alors possible d’accéder directement à ce qu’il y a de mieux pour son avenir, où que ce soit en Europe -voire plus loin.

Une école privée

Les frais de scolarité sont loin d’être à la portée de toutes les bourses : de 2.246€ à 4.775€ selon le cycle scolaire de l’enfant. Certes le deuxième enfant bénéficie d’une réduction et les enfants de nationalité française peuvent avoir une bourse (partielle).

Cette école de l’Europe reste donc une école privée dont l’accès est réservé à ceux qui peuvent s’acquitter des ‘droits d’entrée’. Selon une maman, c’est l’une des raisons pour laquelle de moins en moins de familles y viennent. Indirectement, cela déséquilibre aussi la répartition des sections : de plus en plus de néerlandais y viennent, et moins d’enfants d’expatriés.

Une école d’élite(s)

Fantastique, idéale, élitiste, tombeuse des barrières communautaires… cette école est surprenante à tous points de vue.

Ses ‘Buts Essentiels’ laissent rêveur par l’idéologie positive et pleine d’espérance qu’ils contiennent. Comme les parents et les élèves se plaisent à le répéter, « les enfants se sentent européens et non d’une seule nationalité, et quant à la notion de racisme, ils n’en comprennent pas l’existence ». Mais si la diversité de la population est assurée concernant les origines géographiques et appartenances -ou non appartenances- religieuses, elle ne l’est pas -ou si peu- en ce qui concerne le niveau socioprofessionnel et financier des familles.

La scolarité offerte aux élèves est tout simplement hors du commun. Tant de moyens mis en œuvre au service de l’enseignement, tant de conditions exceptionnelles pour apprendre... C’est à se demander ce qui est le plus surprenant : que des élèves puissent bénéficier de telles infrastructures ? Ou que les élèves d’autres écoles n’aient pas autant de chance ? Par ailleurs, les parents d’élèves sont très actifs dans l’école et d’un milieu socioprofessionnel aisé voire souvent même très aisé, et cela crée un réseau -européen donc- qui peut se révéler une aide précieuse pour le futur. Si cela est encore nécessaire lorsque l’on sort d’une des plus prestigieuses universités ou écoles supérieures d’Europe, voire du monde…

Et puis certains aspects peuvent faire réfléchir. Les élèves et les professeurs sont confrontés à un turn-over relativement soutenu, ce qui ne facilite pas la stabilité nécessaire à une construction identitaire apaisée. D’un point de vue idéologique, il faut adhérer - ou tout au moins ne pas s’en offusquer - au principe de la sélection par l’argent et de la non mixité sociale, ainsi qu’à celui de l’école privée financée par des fonds publics. Du point de vue de l’intégration, on peut se demander si ces écoles faites pour les expatriés ne favorisent pas une coupure d’avec le pays d’accueil : les enfants sont principalement entre ‘expat’, mêlés certes à la haute bourgeoisie locale, mais pas à la population nationale dans son ensemble.

Alors oui sans aucun doute, l’Ecole Européenne est élitiste. Dans la sélection de ses élèves et dans leur formation. Mais après l’avoir visité, n’importe quel parent serait tenté de demander immédiatement où signer pour assurer une telle opportunité à ses enfants ! Même s’il faut avoir les moyens de faire partie des privilégiés, ou faire de sacrés sacrifices!

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