Les provinces unies PDF Imprimer Envoyer
Écrit par juls   
Jeudi, 18 Septembre 2008 21:08

Du XVIIème siècle néerlandais, on retient surtout les innombrables chefs d’oeuvre de Rembrandt et Vermeer, pour ne citer qu’eux. Cette incroyable floraison artistique n’est cependant pas isolée.

En effet, les Pays-Bas, alors Provinces-Unies, connaissent une prospérité économique et un épanouissement culturel et scientifique uniques en Europe. De modeste république affranchie à l’autorité espagnole, les Provinces-Unies ont réussi à se hisser au rang de première puissance mondiale. C’est le siècle d’or néerlandais.

 

C’est en 1581 que les sept provinces du nord des Pays-Bas espagnols prirent le nom de Provinces-Unies, lors de la signature de l’acte de La Haye. Avant 1581, les Pays-Bas étaient constitués de duchés, de comtés, d’évêchés et de seigneuries indépendantes. Son territoire était alors à peu près constitué des Dix-sept Provinces couvertes par la « Pragmatique Sanction » de Charles Quint (édit promulgué le 4 novembre 1549, établissant l’unification des Pays-Bas et en faisant une entité séparée du Saint Empire romain germanique).

 

Par le mariage, la guerre ou la vente, tous ces États ont fini dans les mains des Habsbourg, l'empereur Charles Quint et son fils, Philippe II d'Espagne. En 1568, plusieurs provinces, menées par Guillaume Ier d’Orange-Nassau (dit Guillaume le Taciturne), se révoltent contre Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, gouverneur du Roi à Bruxelles, en raison de ses tentatives de centralisation des structures, des impôts trop lourds et de la persécution de protestants. C'est le début de la Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648).

 

En 1579, plusieurs provinces septentrionales, dont les habitants ont majoritairement choisi la Réforme protestante, signent l'Union d'Utrecht (Unie van Utrecht), dans laquelle elles s'engagent à s’unir contre l'armée espagnole. Elle est suivie le 26 juillet 1581 par l'Acte de La Haye, proclamant de facto leur indépendance, et forment une fédération composée de sept provinces : Hollande, Zélande, Overijssel, Frise, Groningue, Gueldre, Utrecht.


 

L'indépendance des sept Provinces-Unies est définitivement reconnue par la monarchie espagnole par le traité de Münster en 1648. Contrairement à la plupart des autres États européens, le pays n'est pas dirigé par un roi.

Les institutions sont celles d'une république fédérale. Les institutions centrales sont relativement faibles, les États généraux des Provinces-Unies sont constituées de l'assemblée délibératrice et du Stathouder, le chef d’Etat. Les sept provinces ont un haut degré d'autonomie : elles disposent chacune de leurs propres institutions, telles que les États provinciaux, dont les membres sont élus directement par les électeurs des provinces concernées.

Les municipalités sont dirigées par des membres de la noblesse locale et les grands marchands. À la même époque, en France, engluée dans les guerres de religions, on constate un affaiblissement de l’autorité royale au profit des Princes et des partis qui élargissent sensiblement leurs clientèles, sans pour autant aboutir à la création d’un régime à l’image de celui des Provinces-Unies.

 


La puissance de la République des Provinces-Unies durera pendant deux siècles. Le XVIIème siècle est considéré comme le « Siècle d'or des Provinces-Unies » : le pays est alors à la tête d'un puissant empire colonial et commercial. Les villes attirent les aventuriers et les ouvriers de toute l'Europe. Pourtant, le succès économique des Provinces-Unies ne s'explique pas par ses atouts naturels : elles constituent un petit territoire, assez peu peuplé.

 

Au milieu du XVIIe siècle, la population des Provinces-Unies s'élève à environ 2,5 millions d'habitants. Elles connaissent une forte immigration venue d'Allemagne et de Scandinavie, mais offrent aussi refuge aux Juifs ibériques et aux huguenots (protestants français). Le territoire s'est constitué progressivement par la conquête de terres nouvelles sur la mer du Nord : une grande partie du pays est constitué de polders. Les Provinces-Unies doivent être protégées des tempêtes par des digues qui constituent une maigre protection contre les inondations. Mais le pays a la chance d’être bien situé entre la mer Baltique et la Manche et profite de la voie fluviale et commerciale du Rhin.

 

L'agriculture est très productive: les cultures maraîchères mais aussi industrielles et spéculatives sont développées (chanvre, colza, houblon, teinture, tabac, lin, etc). Les villes font venir du blé des rives de la Baltique. La pêche au hareng, à la morue et à la baleine constitue également un secteur dynamique.

 

Mais c’est surtout grâce au commerce maritime que les Provinces-Unies parviennent à s’enrichir. Elles dominent le commerce en mer Baltique et parviennent à pénétrer les réseaux méditerranéens. En effet, pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans, les Provinces-Unies ont construit une marine de guerre puissante capable de menacer l'Espagne depuis ses propres ports jusqu'en Amérique.

 

La flotte marchande de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) et de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (GWC) parvient à reprendre le commerce international des Espagnols, fréquente les ports japonais et menace les possessions ibériques d'Amérique du Sud.. Les Provinces-Unies se constituent un empire colonial en Asie (Insulinde – Asie du Sud-Est insulaire -, Ceylan – Sri Lanka- , Malaisie) et en Amérique (Nouvelle-Amsterdam – sur l’île de Manhattan-, Suriname).

 


Enfin, la réputation de tolérance et de liberté fait des Provinces-Unies un foyer intellectuel et culturel de premier ordre aux XVIIème et XVIIIème siècles. Cette république accueille alors toutes les religions et favorise les libertés individuelles. Les philosophes français Pierre Bayle et René Descartes y ont travaillé longtemps. Montesquieu a fait publier ses Lettres persanes à Amsterdam en 1721. Le pays dispose alors de centres d'édition et d'imprimerie (Amsterdam) et d'universités brillantes (surtout l'université de Leiden, fondée en 1575).

 

Le XVIIe siècle voit par ailleurs s'épanouir une peinture hollandaise renommée, représentée notamment par Jan Vermeer (1632-1675), Rembrandt (1606-1669) et Frans Hals (1580-1666). La bourgeoisie d'affaires, les armateurs et les échevins passent des commandes auprès de ces artistes et se font construire des hôtels particuliers dans les villes.

 

Le « miracle néerlandais » perdurera jusqu’à l’année 1672, le Rampjaar ou année de tous les désastres pour les Provinces Unies, quand elles doivent faire face à l’attaque concertée de la France, l’Angleterre, de l’évéché de Münster et de Cologne. Les Provinces-Unies résisteront cependant jusqu’en 1795, année de l’invasion du pays par les troupes françaises de la Convention, Les Provinces-Unies deviendront alors la République batave, la première “république soeur” de la France.

 

L’expression “âge d’or” recouvre cette floraison de culture et d’art, la prospérité économique, mais aussi la tolérance et la liberté, deux notions encore largement considérées comme étant caractéristiques de la société néerlandaise actuelle. Mais ce siècle d’or néerlandais est surtout le meilleur miroir des évolutions culturelles et sociales de cette époque en Europe.

 

 

 

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